La mi octobre nous amène ses premiers vents décapants. Les premières feuilles s’envolent vers la terre. Déjà il faut penser à les ramasser à la pelle pour le compost futur. Un bon compost pourrit en quelques mois grâce à une bonne aération (c’est la flore aérobique qui transforme la matière organique) et à quelques activateurs chimiques (sulfates). Les dahlias règnent encore dans les jardins. Les érables et les chênes s’enflamment pour mon plus grand ravissement. Les couleurs d’automne chaque jour m’étonnent. Toute couleur entre l’ocre et le rouge cramoisi me met en réelle contemplation. Je savoure cette sublimation naturelle, cette conversion de la nature organique comme un dernier sursaut de beauté. Comme si elle désirait être remarquée une dernière fois avant de disparaître. Malgré la faible luminosité dans la grisaille des jours les feuillages s’enflamment, et sous le vent et la pluie s’accrochent de toute leur vitalité restante. Les derniers fruits n’attendent que notre passage, surtout châtaignes et champignons. Déjà les jardiniers suppriment les vivaces défleuries des parterres et des ronds points de la ville, ne laissant plus pousser que massifs arbustifs, graminées, rocailles ou structures décoratives. Le temps de retourner la terre à la pelle et de repiquer pour le printemps des fleurs d’hiver : primevère, pensée... pour égayer la grisaille hivernale.
Dans le jardin le houx est ponctué à l’envie de ses baies rouges auquel semble vouloir lui répondre à proximité, l’aubépine, et ses baies vertes tirant déjà au rouge. Les baies d’automne ont un charme certain. Les fleurs raréfiées, les feuillages par leurs teintes et leurs diversités décorent après la floraison d’une particulière saveur d’automne. Les nombreuses clématites ont laissé la place à des fruits plumeux d’aspect étrange, les akènes. Le jardin a reçu un grand nettoyage et le sécateur l’a tondu largement. Tout arbuste à floraison estivale ou automnale est taillé sans hésitation. Dans la mare se reflètent encore les nuages menaçants de l’ouest. Mais notre jardinière ne semble pas démotivé par ce sentiment de mort annoncée. À l’emplacement du jardin potager sous le tilleul, un jardin japonais se prépare sur environ cinq mètres carrés. Elle m’a fait suer sang et eau pour venir à bout d’énormes racines d’un aucuba et voilà l’espace labouré, bâché, sablé. Des graminées et une statue sont commandées. J’ai besoin d’un petit coin Zen propice à la méditation, plus minéral, moins luxuriant que le reste. Tant qu’il y a de la vie dit-on, il y a de l’espoir. Mais c’en est bien fini maintenant de la profusion des fleurs, des bractées d’or, des volutes de senteurs, des fruits multicolores. Curieux le sentiment du déclin, cette soumission de la nature à l’ordre mystérieux de la Vie. Est-il quelque part une seule résistance ? La nature un jour renaît, éclate de vitalité, de saveurs, de magnifiscence, puis décline pour se déposséder de son œuvre. Mais pour l’heure la vie est encore là. À peine est-il un début d’engourdissement mais pas encore le mortel sommeil. Et ce n’est qu’apparence puisqu’octobre est le mois de la germination et des bourgeonnements souterrains. Peut-être est-il le meilleur mois de plantation ou de repiquage !
Mine de rien le jaune,le rouge sinstallent dans les feuillages, et arrive la troisième semaine. Le jardin a repris des couleurs. Les asters égaient de leurs multiples petits soleils violets, appréciés des papillons et des abeilles. Plusieurs dizaines saffairent laborieusement toute la journée, se partageant le butin avec quatre à cinq joyeux papillons. Lhibiscus arrive à maturité avec ses fleurs roses-violines. Un jasmin dété nen finit pas de métonner de sa si impressionnante vitalité : petites fleurs blanc-mauves sautant allègrement chez le voisin pour le combler tout aussi généreusement. Une pergola, un mètre plus au sud, quà cela ne tienne, lui nhésite pas et vient sy acoquiner. Comme le rosier arbuste dans lequel il senmêle les pinceaux, placés plein sud leur reconnaissance est manifeste. Que demander de plus à un jasmin, à un rosier quand ils nous enchantent ainsi !
Les anticyclones furent mous toute lannée. Mais la jardinière décidée arrache et taille de droite, de gauche : le changement la taquine. Elle retourne la terre, des sacs de bulbes à ses pieds : narcisses, tulipes, crocus... promesses du printemps prochain. La vie est fécondité quil faut apprécier de toutes ses façons.
Fin septembre est déjà là. Les premiers arbres jaunissent, lesérables flamboient. Dans les campagnes se prépare sans hâte lensillage du maïs : les poupées (les épis) sont mûres. Les graminées jaillissent de partout en bouquets ébouriffés. Les derniers arbres fruitiers ne manquent pas leurs rendez-vous : les pommiers, les noisettiers, les noyers apportent des heures savoureuses. Cest aussi le moment des asters dans leur floraison bleue, généreuse et de bonne tenue pendant un bon mois. Se révèle le sédum en inflorescence rose ou lie de vin. En bordures dallées lalysse iberris tapissant les sols de ses minuscules petites fleurs blanches embaume les jardins comme dun parfums de printemps si le vent daigne se faire discret.
Moins discret, l'automne pointe donc son nez, la froidure est-là, ses nez rouges et ses tousseurs. j.p.
Début aout, retour au jardin, délaissé quinze jours. Quelle luxuriance ! Mais que de fleurs fanées. C'est l'heure du jasmin blanc, de la véronique, des lavathères, des anémomes du japon, des fuchias dont le fuschia du Cap un peu particulier, de la symphorine avec ses grappes de minuscules fleurs donnant autant de boules blanches en grappes (régal des oiseaux), des œnothères bien jaunes, des lobélias rouges et bleus sur tige, des astilbes en forme de quenouilles rose-violine... Les arbres se dressent dans leur noble magnificence entourant protecteurs tout ce petit monde de faibles mais élégantes fragrances multicolorées tandis qu'une foison de vivace tapisse généreusement en lit de fraîcheur.
Mi-août, il fait moyennement beau, la campagne bat ses derniers champs de blé avant d'attaquer les maïs. Prunes, pêches, poires, kiwi sont en moyenne abondance cette année et les pommes prennent déjà un bel éclat ; châtaignes, noix et noisettes s'annoncent bien. Les mûres sembleraient de médiocre qualité mais n'attendent déjà que nos mains. La nature veut donner tout le plus savoureux d'elle-même. Quel arbre ne montre son fruit ? les noix, les marrons d'indes, les glands du chêne, les samarres du frêne et des érables... Quel jardin ne cherche à éblouir d'une surabondance de coloris ? rudbekias, hibiscus, roses trémières, et leurs cousines aussi altières les lavathères rivalisent de hauteur, de couleurs, de profusion, de folie des grandeurs. Les hortensias ont perdu leur fraîcheur mais restent agréables sous leurs teintes vieillies. Les roses se sont raréfiées, ôtées les fleurs fanées. Rudbeckia jaune soleil, aster violet, iris et verge dor (solidago aux épis jaunes) et népétas violines abimés par la chatte qui en apprécie sûrement l'odeur. Je pense en ce moment au laurier-rose qui malheureusement n'habite plus ce jardin. La couleur fait cependant une pause avant les prochains tableaux de septembre. La nature reprend son soufle mais les floraisons vont reprendre spectaculaires. À linverses les balcons jaillissent multicolores en des compositions basses ou suspendues de sauge, de géranium, dimpatiens, de bégonnia, de fuschia et dalysse. La nature est toujours un délice si l'on ouvre bien l'œil. bonété
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tout ce qui donne VALEUR à la VIE.
D'un émoi l'autre, c'est là son charme.