DIS PAPA
19/9/2009

Oui j’exige le meilleur,Car l’Amour voit le supérieur.
DIS PAPA,
(ou l’explication de texte)
Puisque Cyrano eut un très franc succès Voilà mon fils, comme je te l’apprendrai.
-Dis Papa, que faut-il faire quand je serai grand, Truand ou Président ? Forte envie me prend D’obtenir comme nos héros, la célébrité, Dans les âpres combats, la notoriété. Regarde ces grands acteurs, à la télé, ce soir ; Ces grands chanteurs, ces journalistes à mémoires.. Partout papa, je ne vois que loi du plus fort, Et frivoles valeurs, que stupide, on adore. Pour de l’or on se bat et mouille sa chemise, Tel devient sinistre, tel se ridiculise. Moi, je rêve d’une vie dans les roses et les bois, Levé avec la lune, s’il m’en prend la joie... Me faudra-t-il gémir sur ces tristes chemins, Et repousser le bonheur vibrant dans mes mains ?
Écoute mon fils, Cyrano le Mousquetaire, T’exprimer, comme ton père, en trois mots l’affaire :
“Non merci ! Non merci ! Mais ... chanter, Rêver, rire, passer, être seul, être libre, Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre, Mettre quand il vous plaît son feutre de travers. Pour un oui, pour un non, se battre ou -faire un vers ! Travailler sans souci de gloire ou de fortune, À tel voyage auquel on pense, dans la lune ! N’écrire jamais rien qui de soi ne sortit, Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit, Soit satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! Puis s’il advient d’un peu triompher par hasard, Ne pas être obligé d’en rien rendre à César, Vis à vis de soi-même en garder le mérite, Bref dédaignant d’être le lierre parasite, Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul, Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !”
(Cyrano de Bergerac, acte II scène VIII)
Comprends mon fils : la noblesse d’un acte, d’une vie N’est pas forcément d’enfoncer son ennemi ; Ni dans un suprême combat, la seule victoire. Il est d’autres bravoures, de supérieures gloires. Au suprême combat il est d’autres héros ; Dans l’ombre, bien des cœurs cachent un flambeau : Des ennemis vaincus pourtant bien plus farouches. Est-il une vantardise en dedans leurs bouches ? L’ennemi n’est rien quand il se nomme à nos yeux. Contre un canon, il y a pire, il y a mieux. Vois-tu maintes batailles en ton cœur assiégé, Hypocrisie, sottise, compromis, préjugés. Le Mensonge à lui-seul en vaut des milliers. Qui te couche, t’agenouille, sans même te mouiller...
Écoute mon fils, Cyrano le Mousquetaire T’exprimer comme ton père, en trois mots l’affaire :
“.... C’est inutile ? ... Je le sais ! Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! Non ! C’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! ....... Ah ! Je vous reconnais, tous mes vieux ennemis ! Le Mensonge ? tiens, tiens ! - Ha ! ha ! les compromis, Les préjugés, les lâchetés ! ... Que je pactise ? Jamais, jamais ! - Ah ! te voilà toi, la sottise ! - Je sais bien qu’à la fin, vous me mettrez à bas ; N’importe : je me bats ! je me bats ! je me bats ! Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose ! Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu, Mon salut balaiera largement le ciel bleu, Quelque chose que sans un pli, sans une tache, J’emporte malgré vous, et c’est ... mon Panache.”
(Cyrano de Bergerac acte V scène V)
Qu’importe à l’homme un devenir de star S’il crée toujours sa vie aux règles de son art... Colorie bien la tienne, de tes propres couleurs ; Le meilleur parfum d’une âme, jamais ne meurt. Humilité, discrétion, avec notoriété Ombragent en ton cœur un destin respecté. Soit splendide et simple mais toujours éclatant, Galère, et qu’importe la gloire des soleils mourants.
(Tual jp.... .. et ROSTAND Edmond)
Tags : poeme educatif poesie
Catégorie : poèmes à mon fils
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