À la mi-juillet, les plants de maïs dépassent les blés dorés tournant leurs épis vers le soleil comme un immense désir de vie. Prés et talus jaunissent envahis de graminées sauvages, légères comme lavoine. Qui na éprouvé lagréable émotion devant le gracieux mouvement de ce fin panache au gré du vent ! Des épis se dressent fièrement vers le soleil. Cette vie sortie de terre est en lien sacré au Mystère : soleil, chaleur, fécondité, harmonie, noblesse, accomplissement, objet de satisfaction, valeurs pour lhomme. Entre déjà en compétition une petite herbe très fine et si prolixe quelle forme des touffes extrêmement épaisses et roses. Les prés «non engraissés» rosissent alors à nouveau et les haies et les bordures de macadam : comme si les graines éparpillées au vent sur les routes étaient rejetées par la circulation vers le bas-côté, déterminant des touffes très alignées et roses. De petits fruits encore verts commencent à rougir dans les pommiers et poiriers. Hors les cerises, la table nous sert des pêches, des poires, des prunes et nectarines qui ne sont point encore de chez nous.
Au jardin mombrétias orangés-lumineux, potentille, et un volubilis bleu grimpant sur roseau-tuteur séclatent sous un soleil enfin décidé. Lété active les massifs, chacun donnant le meilleur de lui-même en une joyeuse confusion et déclinaison du vert tendre au plus sombre. Pourtant toute cette verdure nest point trop pesante en raison du multicoloriage des feuillages ou des fleurs et dune diversité de vasques, parterres et potées suspendues. Je laisse imaginer leffet dun soleil éclatant et chaud comme aujourdhui se faufilant entre massifs et branches. Armoise argentée, agapanthes en ombrelles bleues, pétunias blancs, sauge et lavande bleues, camomille et hortensia blancs, fuchias, géraniums, rosiers rouges, et le rose et le parme et le jaune, est-il palette plus parfaite ? et le mariage surprenant des fines clochettes du fuschia aux énormes têtes dhortensias. Lombre invite sous les tonnelles ou sous les arbres. La vie est là, harmonieuse, dans un langage apaisant, fécond, réjouissant. En juillet le délice est au jardin. Quelques épis plumeux, aériens dansant sous le vent me rappellent ces grâcieuses graminées des champs pour lesquelles jai quelquaffection. Dans ce fouillis il existe un ordre : tous les massifs et motifs sont retenus et dessinés par les autobloquants en à-plat. Et la bordure darbres bruissant sous le vent donne à ce paradis un côté majestueux et lenvie de sy perdre ou de rêver.
En campagne les blés sinclinent, trop lourds, ils sont donc mûrs. Ce signe est une particularité du blé, de lorge, du seigle. La moisson de lorge dhiver vient de commencer ; devrait suivre sous huitaine celle du blé puis celle de lorge de printemps jusquen début août. Moment de grande activité des cultivateurs ils engrangent le fourrage et les graines de réensemencement. Certains retournent la terre après les récoltes et sèment le régras, une herbe qui servira soit de fourrage soit de nourriture au pré. Jadis je participais adolescent aux récoltes : tout le voisinage retroussait ses manches sous le soleil de plomb, et les tablées du soir à la fraîche étaient joyeuses. Aujourdhui un matériel et deux hommes suffisent en moins de temps à opérer de plus larges surfaces. Lun bat, lautre reçoit le grain pulsé dans la remorque d'un tracteur. Technologie et rationnel ordonnancement dans lutilisation optimale des sols et des graines sous lil cosmiquement vigilant de nos satellites agronomiques de haute résolution. Sommes-nous encore dans la poésie de la nature ? Puis-je encore me sentir en harmonie avec elle si je me sens surveillé pour larroser ou simplement ladmirer en toute intimité ?
L'été est arrivé avec la St Jean comme un rendez-vous normal et réussi cette année. Le trèfle blanc menu préféré des abeilles tapisse de larges surfaces de campagne. Sous les hautes graminées en herbes folles il couvre à présent les prairies de fines ponctuations claires. Fétuque, avoine sauvage, carex, roseaux, queue de lièvre et maint pompons ou plants échevelés viennent complèter les graminées premières tandis que disparaissent les herbes diamant, rougeoyant il y a peu encore la nature. Maint talus se couvrent de millepertuis jaunes. Les meules de foins habitent régulièrement certains champs, finissant leur sèchage. Le maïs atteint la hauteur des épis de blé déjà bien dorés. Les châtaigniers sont à leur floraison maximale avec leurs fleurs crêmes en épis dressés. Ici et là les cerisiers sont investis, alors les fruits cette année sont abondants et de bonne qualité. Cest aussi la période des accidents de cerisiers, des chutes déchelles. Les fruits sont beaux et curieusement peu abimés par les guêpes ou les oiseaux.
Et dans le jardin place au hortensias aux couleurs parfois surprenantes dune année lautre (est-ce une affaire de sol, dombre, dacidité locale ?). Nous avons deux hortensias liane daspect plus curieux, lun rose et lautre blanc. Ce dernier sélève jusquà la cime dune tonnelle. Laspect délicat de sa fleur tachetée tout alentour de pétales le distingue vraiment avec ses pistilles dune multitude de petites fleurs façon diamants incrustés. Seringat et lavande parfument la soirée au milieu dune fécondité de géraniums, dimpatiens, de pétunias, de fuchsias et de touffes de santolines. Buissonnants sur tige ou ordinaires tous les rosiers rivalisent pour étonner. La lavande en fleurs, très en avance, sait ma faiblesse pour elle. Les abeilles elles-aussi nen perdent pas une miette, au labeur depuis la mi-juin qui travaillent pour mon péché mignon. Lastromer jaune ou rose, le souci jaune ou orange apportent leur participation à la palette des coloris.
Certes il manque cette année le nénuphar mais nous avons opté pour un bassin deau claire puisque la pompe est filtrante. Ceci oblige à une toilette du filtre presque chaque semaine. Il est vrai que tous les poissons se distinguent et leau ne croupit plus. Certaines plantes aquatiques sont cependant installées dans la cascade. Notre oasis disparait ou se cache sous la fécondité alentour dans un chatoyant méli-mélo : hosta, hémérocalle jaune, camomille, fusain, saule arlequin, fougère, cinéraire, bleuet, mélisse, symphorine, acer, primevère, sauge, jonc et pardon pour les oubliés. Lexubérance est là. La fécondité cest aussi maints petits insectes qui discrètement sinsinuent dans les manches et les pantalons laissant pour quelques jours les traces désagréables de leur passage. Ils se sont bien servis : tant mieux pour eux et tant pis pour moi.
Passant près de lavathères roses se balançant mollement, je marrête brusquement. Ah pardon madame laraignée ! Il sen est fallu de peu, et je déchirais votre ouvrage. Sil nexistait la ponctuation de quelques minuscules moucherons et vous-même si invisible au centre, je naurais rien vu. Mais comment donc avez-vous cette science du tissage aux mailles si délicatement invisibles, architecturalement si parfaites et si justement suspendues à de simples fils, là où il faut, très, très loin de louvrage ? Merveilleux instinct dune nature où tout le monde a droit de jouissance. Par respect je vous contournerai.
Les rosiers dans leur floraison maximale laissent sélancer maintenant les premières roses trèmières, toujours remarquables le long des façades de maison. Lheure vient pour le rosier de subir une taille. Pour les remontants cest-à-dire ceux qui opèrent une deuxième floraison vers septembre, il faut tailler les branches fleuries et fanées sous la troisième feuille. Le petit il à la base de la feuille redonnera une nouvelle branche. Remarquons au passage les nombreux boutons en gestation pour cette fin dété. Pour les autres qui nont quune floraison, les rosiers anciens en général, taillons large les grandes branches fanées : ils ne repousseront que mieux. Profitons de cette période de travail pour traiter les limaces généralement invisibles mais nombreuses, détruisant le jardin la nuit, surtout si lhumidité est là comme cette année. Je fais préalablement une large cueillette descargots que nous apprécions Sylvie et moi, elle dans la recette courante au beurre-persillé, moi dans une recette denfance, simplement grillée sur braise ou au four.
La mode anglaise des rond-points routiers a fait jaillir depuis lan 2000 nombre de créations, façon mini jardi-rêve. La ville de Fougères senorgueillit de ses quatre étoiles tout de même, au palmarès des villes fleuries. Je félicite le travail des jardiniers municipaux : je reconnais et jadmire chaque année leurs compétences dans les parterres et les suspensions toujours en abondance de couleur et de vitalité. Les rues, les jardins mémerveillent régulièrement.
Début-juin temps maussade depuis plusieurs semaines, apparition de minuscules fruits dans les pommiers quil convient de commencer à traiter pour prévenir dun champignon : la tavelure. Les premières cerises encore sûres nous arrivent déjà dun jardin de la famille.
Premier jour chaud de lannée : mes deux pulls et mes grandes chaussettes mindiquent quelque désorientation. Tôt le matin à la fraîche je viens goûter le jardin sous un soleil déjà prometteur. Dans lazur, bruyamment les martinets jouent de vitesse. Au cur des arbres un concert mannonce une belle journée. Je savoure en effet le calme envoûtant, le bruit de cascade et de jet deau de la fontaine. Faisant mon petit tour je saisis çà et là une exquise effluve mais à peine captée cette voluptée, le temps den chercher la trace et puis plus rien. Enivrante atmosphère quun matin de juin le nez au vent ou au cur dune rose palpitante encore de rosée, butinant insatiable. Retiennent surtout mon attention labsinthe, la camomille, la sauge bleue et le pittosporum à fleurs blanche dodeur très lilas. Mais je devrai attendre laprès-midi que le soleil ait frappé pour que toutes les roses se décident à lâcher leurs senteurs subtiles et variées. La saison savance, les floraisons abondent. Giroflée, chèvrefeuille et combien dessences associées au détour dun buisson, ou simplement assis sur un banc, concentré. Certes la curiosité me pousse à les reconnaître, à les chercher, à tâter les feuillages de thym, de menthe, de lavande mais il mimporte surtout de métourdir. Au fond du jardin les résineux sont bien présents dès les senteurs matinales. Et larbre qui me réjouira le plus annonce déjà ses fruits, le tilleul : avec lui chaque année mon enfance remonte. Pendant quazalées et rhododendrons nous tirent leur révérence sétoffent les fuchias déjà fleuris, de petits massifs diberis, des roses multicolores et... des clématites en tous lieux, des plus secrets aux plus voyants : elles règnent. Vivaces hautes et basses, hostas, fougères, langues de belle-mère (à feuilles longues et pointues), géraniums vivaces, myosotis tapissent le sol. Campanules bleues et blanches, illets du poête, bleuets, lupins tout est là pour ce moment tant attendu des bouquets si apaisants dans nos intérieurs. Douceur dun tel instant.
Mais triste est la découverte du cadavre de notre tortue. Elle na pas supporté le nouveau plan deau. Cest ma faute : je lavais bien pressenti en le faisant. Ne la voyant plus à cette époque de lannée, je la croyais encore hibernant en terre tant elle avait été dérangée cet hiver, jai fini par la chercher dans le fond du bassin pour faire cette macabre découverte de notre amie. En réalité je lai traumatisée à mort avec notre pompe lestée : elle hibernait juste à lendroit où Sylvie et moi avions décidé dinstaller la pompe et le jet deau : dans nos efforts à stabiliser lensemble nous avons blessé son système pulmonaire sous sa carapace. Cétait elle lobjet de notre difficulté à stabiliser la pompe.
Le printemps reste frais dans lensemble mais la nature nous en jette plein les yeux. Déjà lon coupe les foins, ces fourrages naturels si appréciés des animaux. Herbes qui ne poussent que dans les prés non entretenus, ces graminées sont semées une fois pour toutes en septembre et dune année lautre elles se ressèment elles-mêmes au moment de la coupe des foins.
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D'un émoi l'autre, c'est là son charme.